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  LES 100 ANS DE FORD

 

L'HISTOIRE DE FORD EN EUROPE

Les premières voitures Ford à arriver en Europe, au début de l'année 1904, étaient des “buggies à essence ”, bi-cylindres de huit chevaux, baptisées 'Modèle A'. Malgré leur réputation de “voiture favorite des Américains ”, elles ne firent pas forte impression sur le marché bien qu'elles aient  porté le nom de Ford sur les marchés britannique, français et russe. La légende veut que le premier client à acheter une voiture Ford en Grande‑Bretagne ait été un médecin de Liverpool spécialisé dans le traitement de clients excentriques fortunés!
Afin de promouvoir la Ford 'Modèle B' 1905, sa première quatre cylindres, Ford en transforma trois en taxi dans les rues de Londres, mais elles n'attirèrent pas les clients potentiels. Cependant, retenons que ce furent les tout premiers taxis à moteur à essence de Grande‑Bretagne.

Les choses commencèrent à bouger avec l'arrivée, en 1906, de la Ford 'Modèle N' quatre cylindres qui offrait un remarquable rapport qualité/prix et était astucieusement commercialisée en Grande-Bretagne, avec le choix entre caisse quatre places ou type landau, afin d'accroître son attrait auprès des automobilistes britanniques (elle n'était disponible qu'en carrosserie deux places en Amérique).
D'une certaine façon, la Ford 'Modèle N' avait préparé la venue de la voiture la plus fameuse d'Henry Ford, la Ford 'Modèle T', qui fut présentée en première mondiale au Salon Automobile Olympia de Londres en novembre 1908, quelques semaines après le début de la production à Detroit. Avec son moteur quatre cylindres de 2,9 litres et une transmission épicycloïdale à deux rapports et marche arrière, commandée par pédale, la Ford Modèle T était simple et fiable.
En 1911, ce fut la première Ford à être construite en dehors de l'Amérique du Nord, lorsque Ford Grande-Bretagne, encouragé par le développement des ventes, commença de l'assembler dans une ancienne usine de trams à Trafford Park, prés de Manchester. Ce développement connut un tel succès qu'une véritable “chaîne ” d'usines Ford ouvrit rapidement en Europe.
Cependant, au cours des années 20, la Ford Modèle T était de plus en plus désavantagée par le régime de taxation automobile que de nombreux pays européens avaient mis en place et qui se basait sur la cylindrée du moteur. A cause de ce conservatisme inné chez Henry Ford, la Ford Modèle T se démoda et jusqu'à la fin de son long cycle de production, elle n'avait des freins que sur les roues arrière alors que toutes ses rivales étaient dotées de freins sur les quatre roues. Néanmoins, au moment de l'arrêt de la production de la Ford Modèle T en 1927, quelque 320.000 d'entre elles sur une production mondiale totale de 16 millions d'unités environ avaient été construites dans les usines européennes de Ford.

La Ford 'Modèle A', quatre cylindres de 1927-31, succédant à la Ford Modèle T, était robuste et élégante. Avec ce modèle, Ford adoptait pour la première fois une boîte de vitesses classique à 3 rapports avec marche arrière. Afin de pouvoir concurrencer des rivales à moteur de plus faible cylindrée, la Ford Modèle A était proposée avec un moteur de 2033 cm3 et un autre de 3285 cm3.
Mais la vision d'Henry Ford de construire une “voiture universelle ” répondant aux mêmes spécifications, partout dans le monde, avait pris fin avec la Ford 'Modèle T' et la nouvelle Ford 'Modèle A', bien que dotée d'un moteur plus petit, était toujours plus imposante et plus grosse consommatrice que ses rivales.
Alors que les 'Modèles B' et la V8 de 3,6 litres devaient succéder à la Ford 'Modèle A' en 1932 et s'avéraient être de bonnes voitures, avec un bon rapport qualité/prix, elles étaient néanmoins équipées de gros moteurs que les automobilistes américains préféraient : il fallait de toute urgence produire des voitures plus adaptées aux exigences du marché européen, plus sensible à la notion de taille. La chute des ventes de Ford menaçait de fermeture la toute récente usine de Dagenham.

Conçu pour les besoins européens
Afin de répondre aux besoins urgents de petites voitures, pour renforcer les ventes en Europe, Henry Ford demanda de tout arrêter. Une nouvelle petite voiture équipée d'un moteur de 933 cm3, aux lignes alors plus contemporaines, fut créée à Dearborn en un temps record de cinq mois entre les premières esquisses et le premier prototype. La production débuta à l'usine de Dagenham en août 1932. Cette nouvelle Ford Eight – construite en France sous l'appellation Ford 6CV et en Allemagne sous celle de Ford Köln – fut la première d'une série de petites Ford européennes à grande longévité qui devaient durer jusqu'au début des années 1960.
En dépit du programme de développement accéléré, la nouvelle Ford Eight ne connut que très peu de problèmes de jeunesse, ce qui permit à Ford Grande-Bretagne de couvrir rapidement 40 % du segment des voitures de 8 cv. Un programme de prix très étudié vit l'introduction en Grande-Bretagne de la Popular à 100 £ en octobre 1935. Ce fut la première et la seule berline quatre places à être proposée sur le marché britannique à un prix aussi faible. Cette robuste petite voiture allait donner à de nombreux conducteurs un nouveau goût de l'automobile.
Le changement radical du climat politique dans les années 30 vit la montée du protectionnisme en Allemagne et en France. La préférence donnée aux composants d'origine nationale aboutit à l'échec des plans visant à centraliser la totalité de la production européenne à Dagenham. A partir du milieu des années 30, les voitures Ford produites en Allemagne prirent une identité nationale avec l'apparition de nouveaux modèles, bien que mécaniquement identiques aux modèles britanniques, mais avec un styling très différent, commercialisées sous les appellations Eifel et Rheinland.
Ford France s'allia de façon très épisodique avec la société Mathis de Strasbourg pendant les années 30, pour produire une gamme de “Matford” V8 dotées du moteur V8 "Alsace" plus petit de 2,2 litres (ensuite utilisé sur certains modèles V8 britanniques).
La caisse conçue à l'origine pour les Matford fut également utilisée pour les plus petites V8 britanniques. Dotée d'une calandre et d'un capot plus important, elle fut reprise pour le premier nouveau modèle de Ford Grande-Bretagne de l'après deuxième guerre mondiale, la fameuse Ford V8 Pilot. Cette voiture devait être dotée du nouveau V8 2,5 litres, mais suite à des problèmes de développement, ce moteur fut remplacé par le V8 3,6 litres plus fiable et éprouvé, conçu dans les années 30.

Cependant, c'est à la fin de l'année 1950 que furent lancés par Ford Grande-Bretagne les premiers modèles totalement nouveaux de l'après-guerre pour toutes les sociétés Ford au monde, à savoir la Consul et la Zephyr, à moteur quatre et six cylindres, qui bénéficiaient des toutes dernières nouveautés du design automobile.
Ces voitures furent également équipées des premiers moteurs Ford à soupapes en tête dont les dimensions super carrées des cylindres étaient la réponse au mode de calcul totalement archaïque de la taxe sur la puissance fiscale, basée sur la surface du piston. Les caisses monocoques étaient alors à la pointe du progrès automobile, tandis que leur suspension avant indépendante à éléments MacPherson constituait la première application de ce système, depuis lors devenu un classique de l'automobile.
A cette époque, Ford Allemagne, qui ne reprit la production de voitures de tourisme qu'en 1948, utilisait toujours le moteur Ford de 1172 cm3 d'avant-guerre, vu la première fois en 1934, alors que Ford France, libéré depuis 1939 de ses liens avec Matford et relogé dans une superbe usine terminée juste avant la déclaration de guerre, traçait sa propre voie avec la Vedette, un modèle V8 conçu à l'origine comme modèle économique d'après-guerre pour le marché américain.
Alors qu'il avait été jugé trop petit pour les Etats-Unis, il était trop imposant pour la France d'après-guerre et les faibles chiffres de production conduisirent à son arrêt de production par Ford en France et à la vente de l'usine à Simca, qui poursuivit la production de la gamme Vedette, sous son propre nom jusqu'en 1958.

En 1955, Ford Allemagne se dégagea des restrictions imposées au développement  produit, nécessaire dans la phase de reconstruction d'après-guerre, avec l'introduction de la Taunus 15M, dotée du nouveau moteur à soupapes en tête de 1498 cm3. Une Taunus 17M de 1698 cm3 vint s'adjoindre à la gamme en 1957. Une nouvelle version de ce modèle, lancée en 1960, présentait des lignes arrondies et des projecteurs de forme ovoïde, ce qui lui fit mériter le surnom “d'œuf de Cologne”.
Développée initialement au titre de concept par le premier centre de R&D de Ford Grande-Bretagne, l'Anglia 105E de 1959 représentait une rupture totale avec la tradition d'ingénierie de Ford. Son moteur de 997 cm3 à soupapes en tête et haut régime présentait un rapport course/alésage de 0,6/1, le plus faible de toutes les voitures de série contemporaines. Et  ce moteur devint rapidement le préféré de toutes les catégories de compétition en Formule Junior. Ce fut aussi la première Ford à boîte de vitesses à quatre rapports ; la lunette arrière à angle inversé, un trait de design peu courant, permettait aux passagers arrière de bénéficier de davantage de hauteur sous pavillon et, en outre, restait propre par mauvais temps.
Ford annonçait également que cette nouvelle voiture devenait la première Ford britannique à être dotée d'essuie-glaces électriques, à la place des essuie-glaces à dépression peu orthodoxes. N’était-elle pas “la plus passionnante des petites voitures au monde ”, bien que fut lancée simultanément la nouvelle BMC Mini à roues avant motrices ?. Mais l'Anglia fut la seule des deux à réaliser des bénéfices !

Grande-Bretagne et Allemagne produisent des lignes de voitures indépendantes
La confusion qui régnait au niveau des gammes de voitures se traduisit par la concurrence entre usines de fabrication allemandes et britanniques sur certains marchés européens. Cette rivalité atteignit son point culminant au début des années 60, lorsque Ford Allemagne collabora avec la division de Ford Amérique du Nord pour développer une nouvelle voiture familiale visant à rivaliser avec le succès de la Coccinelle de Volkswagen aux Etats-Unis et à remplacer la populaire Taunus 12M en Allemagne.
Cette première voiture à roues avant motrices jamais construite par Ford portait le nom de code “Cardinal ”, d'après le plumage rouge d'un petit oiseau d'Amérique du Nord. Son moteur V4 fut également une autre première pour Ford. Mais Ford Etats-Unis décida de ne pas poursuivre le projet qui fut mené à bien par Ford Allemagne et donna naissance à la nouvelle 12M.
Lorsque Sir Patrick Hennessy, président de Ford Grande-Bretagne, vit un premier prototype dans les studios de design de Dearborn, il demanda immédiatement à son staff britannique du développement produit de procéder, en toute hâte, à l’étude d'un modèle concurrent du futur modèle allemand.
Alors que le cahier des charges de la voiture, baptisée “Archevêque ” avec une note d'humour par rapport à sa rivale allemande (dans la hiérarchie canonique, un archevêque est au-dessus d'un cardinal), était néanmoins de type classique, il utilisait les techniques de conception de caisse les plus évoluées pour combiner à la fois robustesse et gain de poids.
Ford Grande-Bretagne mit en place un département des structures dans son usine de Dagenham et, en employant des techniques de contraintes, uniquement utilisées jusqu'alors par l'industrie aéronautique, elle produisit une caisse plus légère et plus solide que toute autre lancée auparavant.
Le gain de poids - équivalent à celui d'un passager supplémentaire - permit aux concepteurs de Ford de rendre la voiture plus spacieuse, créant ainsi une nouvelle catégorie “C/D ” qui établissait le lien entre les catégories moyenne (“C ”) et supérieure (“D ”). Elle allait ensuite représenter environ un quart des ventes de toutes les voitures neuves.
Le premier modèle – la nouvelle Cortina - fut commercialisé en 1962 et lorsque la production de la Cortina Mk I fut arrêtée en 1966, plus d'un million de voitures avaient été mises sur le marché. Ceci donna également naissance au premier modèle dérivé - hautes performances - de la production Ford en Europe, la Lotus Cortina 1963, assemblée à la main en très petit nombre par Lotus, à Cheshunt, et dotée du moteur Lotus quatre cylindres à double arbre à cames de 1558 cm3, lui-même dérivé du moteur 1,5 litres culbuté de Ford.

Dans un tout autre domaine, Ford allait développer l'une des voitures hautes performances les plus exceptionnelles de tous les temps, après qu'Enzo Ferrari ait refusé de signer le contrat de fusion avec Ford, juste avant la date limite de signature en 1963. Henry Ford II s'était alors promis qu'il battrait Ferrari sur la piste et une équipe de concepteurs fut formée à Slough, Grande-Bretagne, pour développer une voiture de sport à moteur central.
Le résultat fut la Ford GT, plus tard connue sous l'appellation GT40 car elle mesurait juste 40'' de haut. En 1966, les GT40 remportèrent une spectaculaire victoire au Mans, raflant les trois premières places. Ce fut la première d'une série de quatre victoires pour les GT40. Bien que la GT40 ait été conçue pour la piste, une grande partie des 134 châssis produits furent adaptés à la route, avec même une version routière Mk III construite en sept exemplaires.

Design, développement et fabrication coordonnés pour toute l’ Europe
La première Ford à être produite après la création de Ford of Europe, en 1967, a été l'Escort de 1968. Conçue pour remplacer l'Anglia 105E, ce fut par défaut la première Ford pan-européenne, depuis les années 30, construite par Ford Allemagne à Saarlouis et par Ford Grande-Bretagne à Halewood.
Un modèle dérivé hautes performances, en série limitée, fut également produit, cette fois par Halewood. La Twin Cam reprenait le moteur Lotus Cortina monté dans une caisse Escort spécialement renforcée. Elle déboucha sur la création du département Ford Advanced Vehicles Operation, à Aveley en Grande-Bretagne, en 1970, qui réalisait le montage à la main de ces modèles spéciaux à un rythme qui, au maximum, atteignit pratiquement 30 voitures par jour.

Une année après l'Escort apparut la célèbre Capri, copie européenne de la très appréciée Mustang américaine. Présentée comme “la voiture que vous aviez toujours souhaitée ”, la Capri était un coupé sport 2+2, disponible avec une étonnante variété d'options de garnissage et de cylindrées.
Lancée initialement avec les moteurs 1,3, 1,6 et 2,0 litres, à partir de 1971, la Capri fut également disponible avec le moteur 3,0 litres V6 et put se prétendre à l'époque la voiture de série la plus rapide jamais vendue par Ford Grande-Bretagne, avec une vitesse maxi de 193 km/h.
Au début des années 70, Ford Allemagne construisit en série limitée une version route/compétition, la Capri RS2600, mais son successeur de Halewood, la RS3100, (200 km/h) ne fut produit que pendant quelques mois, victime de la crise du pétrole des années 70.

La convergence des gammes de voitures Ford en Europe, plus évidente que la forme prise par le partage de la caisse et des spécifications techniques, à partir de 1973 des Cortina et Taunus, se révèla totalement en 1976 avec le lancement de la Fiesta.
La décision de Ford de construire la Fiesta, pendant le choc pétrolier du milieu des années 70, devait bousculer certaines des convictions les plus établies de l'industrie automobile comme: “mini voiture, mini profit ” et “impossible de fabriquer une nouvelle voiture dans une nouvelle usine dans un nouveau pays ”.
En effet, en plus des usines Ford établies en Grande-Bretagne et en Allemagne, la Fiesta devait être construite dans une toute nouvelle usine en Espagne où une première époque historique de fabrication avait été interrompue à cause de la guerre civile espagnole des années 30.
La remarquable petite Fiesta avait bénéficié d'un savoir-faire transmis par Ford et constituait une nouvelle aventure pour le constructeur de Detroit. Ce fut la première petite voiture de la société à traction avant, la première à moteur transversal et la plus petite cylindrée depuis la fin de la production de l'Anglia à 8 cv au début des années 50.
Elle allait connaître un succès phénoménal avec un million d'unités vendues début 1979, un record qui allait toutefois être battu par un autre modèle à roues avant motrices, l' Escort 1980, qui n'avait que le nom en commun avec les deux premières séries d'Escort. En 1981, juste treize mois après le début de sa production, les ventes de l'Escort passaient le cap du million, ce chiffre record étant atteint plus rapidement que tout autre modèle.

L'année suivante, la gamme Cortina/Taunus fut remplacée par la très différente Sierra, à l'aérodynamique très marquée et dotée d'une suspension indépendante sur les quatre roues. Cette nouvelle orientation du styling et de l'ingénierie allait préparer la venue de la Mondeo, en 1993, qui s'est vendue à plus de 2,5 millions d'unités dans plus de 60 marchés, permettant à Ford de devenir un leader dans le domaine du style.
Ford s'est ensuite appuyé sur l'avance technologique conférée par la Sierra pour produire sa gamme Scorpio/Granada 1985. Ce fut non seulement la première voiture de série à être dotée, d'origine, du freinage antiblocage, mais également la première européenne dont chaque panneau de carrosserie avait été conçu par  la méthode CAO et FAO pour obtenir une précision absolue.

Aujourd'hui, le rythme de développement des produits a atteint une nouvelle dimension car Ford veut offrir à ses clients une gamme de produits qui répond parfaitement à leurs exigences personnelles. La société est à jour pour lancer 45 produits nouveaux dans une période de cinq ans, soit un rythme trois fois supérieur à celui des cinq années précédentes.
Henry Ford - dont l’entreprise fut la première à utiliser trois termes qui font aujourd'hui partie du lexique automobile universel : “automation ”, “production en série ” et “service ” - croyait que la vente d'un véhicule n'était que le commencement d'une relation durable avec le client.
Il faisait également remarquer que “plus vous regardez loin en arrière, plus vous regardez loin vers l'avenir ”. Après un siècle consacré à sillonner les routes européennes, Ford regarde vers l'avenir. Plus que jamais.

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