13-01-2012

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 50 ANS DE DS

 

Paris, le 1er octobre 1955. Au Grand Palais, une bombe automobile éclate, comme le titrera la presse de l'époque. La DS vient de naître. Citroën, sur son stand, présente aux journalistes du monde entier et au public médusé une voiture totalement hors du commun. La marque aux chevrons vient tout juste de dévoiler celle qui va remplacer la fameuse Traction Avant d'André Citroën. D'un coup, on passe du noir à la couleur, on change de siècle automobile, la fiction se fait réalité. En un éclair, la création de Citroën démode toutes les autres ; c'est l'événement ! Elle a marqué ceux qui ont vécu cet instant et, 50 ans après, elle est toujours présente et on en parle encore, car elle vit et roule grâce aux milliers de collectionneurs qu'elle enthousiasme.

Deux hommes et leurs équipes sont à l'origine de cette merveille d'automobile. Tous deux ont d’ailleurs été embauchés par André Citroën. Ce sont les créateurs de la Traction de 1934, l'ingénieur André Lefèvre et Flaminio Bertoni, dessinateur et sculpteur.
Ces hommes vont mettre leur talent en commun pour réaliser ce miracle industriel et ils vont avec cette voiture, la DS, révolutionner l'Histoire de l'automobile. Technique et style sont confondus, mariés dans une osmose quasi parfaite.

La DS est beaucoup plus que le résultat d’un seul parti pris stylistique. Ses formes ont été dictées par les solutions techniques adoptées et son dessin traduit, dans une expression ultime, l'accord entre l'utilité et l'harmonie, la fonction et l’esthétique. Le confort et la sécurité qui étaient déjà au cœur des préoccupations de la Marque se retrouvent aujourd’hui sur ses dernières créations.

Aujourd'hui, 50 ans se sont écoulés depuis sa présentation et elle est entrée par la grande porte dans l'histoire automobile mondiale. Elle a rejoint deux autres créations mythiques que sont la Traction et la 2 CV.
Voiture révolutionnaire, elle a fait avancer l'automobile toute entière. En démocratisant une technologie d’avant-garde, elle a donné le ton à toute une génération d’automobiles modernes.
Elle a montré la voie du progrès et, rien qu'à ce titre, elle a acquis une reconnaissance universelle.

La technologie utile
La DS, si elle est esthétiquement exceptionnelle, l'est aussi par sa technologie qui a bouleversé les standards automobiles. Que ce soit en matière de suspension, de tenue de route, de freinage, de direction, elle a fait sa révolution.
Elle a aussi, par son niveau de prestations, conduit à démocratiser des équipements jusque-là réservés à quelques véhicules d’exception, telles les assistances de direction et de freinage. Rappelons qu'à cette époque, même les plus prestigieuses voitures européennes n’en disposaient pas.
Et si les automobiles d'aujourd'hui sont confortables, freinent bien et tiennent bien la route, c’est en grande partie à la DS qu’elles le doivent. Elle a en effet obligé tous les constructeurs à travailler sans relâche pour amener leurs produits au niveau de prestations de la DS. De fait, la DS demeura plus d’une dizaine d’années hors d’atteinte.
C’est la centrale haute pression, rendue nécessaire par la suspension hydropneumatique, qui est au cœur de nombre d’innovations de la DS. Elle fournit sa puissance à la direction assistée, au freinage à disques entrevu à l’époque sur les Jaguar des 24 h du Mans, ou encore à la commande de vitesses avec embrayage automatique, préfigurant la boîte robotisée d'aujourd'hui. La DS a aussi utilisé dans sa construction des matériaux d’avant-garde comme l'aluminium pour son capot et le plastique pour son toit.

En mission officielle
Qui aurait oublié ces fameuses DS noires ?... Elles furent pendant de très nombreuses années les voitures officielles des ministres, des préfets et surtout du Général de Gaulle qui les affectionnait tout particulièrement. Il ira même jusqu'à en commander une très spéciale pour l'Elysée qui fut construite par les ateliers Chapron en 1968 sur des dessins du bureau d'études Citroën. Il faut dire que lors de l’attentat du Petit Clamart où sa voiture fut mitraillée, il eut la vie sauve grâce à la DS qui l'emmenait prendre un avion à Villacoublay et qui lui permit d’échapper à ses agresseurs malgré ses deux pneus crevés.
Ces DS noires formaient des longs cortèges impressionnants dans les manifestations officielles. Elles ont ainsi descendu plusieurs fois les Champs-Elysées dans un unique ensemble. Suprême honneur, ces démonstrations étaient une formidable publicité pour elle, car c'était la preuve que la DS était la voiture de prestige française. Une version baptisée "Prestige" fut d’ailleurs créée par la Marque dès 1959. Elle était équipée d'une banquette avant munie d'une vitre de séparation entre l’avant et l’arrière, pouvait déjà disposer d’un radio-téléphone et était destinée aux personnalités disposant d'un chauffeur.

DS pour tous !
La DS a été la voiture de standing par excellence pour de nombreuses catégories de clients. Avec 1.456.115 voitures produites, elle sut s’imposer en vingt années de carrière comme le véhicule de référence capable de transporter fièrement, confortablement et en sécurité pères de famille, représentants, médecins… et cela bien au-delà de nos frontières. Elle était très appréciée des caravaniers qui en firent la voiture tractrice par excellence. Grâce à sa suspension elle fut utilisée par le cinéma pour les travellings et les prises de vues en mouvement. Sans oublier la version ambulance du break qui avait conquis un véritable monopole dans cette profession. Les taxis en achetèrent beaucoup pour son confort et aussi pour l’espace aux places arrière qui convenait parfaitement aux clients. Très appréciée par les gros rouleurs, elle a séduit bon nombre de chefs d'entreprise et de professions libérales. Il faut dire qu’elle avait fière allure, surtout dans sa version Pallas avec ses touches d’inox décoratives et ses raffinements supplémentaires, comme la moquette moelleuse reposant sur une couche de mousse. Et ce qui est remarquable, c'est que la DS était à l’aise en toutes circonstances, à la ville comme à la campagne. En rendez-vous d'affaires comme à la chasse, elle a fait connaître à un plus grand nombre le progrès automobile.

A travers le monde
La DS est mondialement connue car elle fut largement exportée. La plupart des pays d’Europe ont apprécié cette voiture hors du commun. Mais elle a aussi porté loin les couleurs de Citroën, jusqu’aux Etats Unis, Canada, Australie… Ses lignes caractéristiques et immédiatement reconnaissables ont jeté les fondements de la notoriété de Citroën dans le monde. Certains pays ont même baptisé la DS de surnoms parfois dérivés des appellations officielles, telle « la Pallas » qui désigna vite le modèle en Italie. Au Royaume-Uni, où elle fut produite jusqu’en 1965, elle adoptait quelques particularités locales comme le tableau de bord en bois aux cadrans ronds ou des feux arrière spécifiques. Le break, appelé Safari y était particulièrement apprécié.

Gagner sur tous les terrains
La DS a permis à la Marque ses premières participations officielles dans des compétitions internationales. Elle s’y forgea immédiatement un palmarès exceptionnel. Les rallyes et les grands raids internationaux ont été son domaine de prédilection, et encore une fois en innovant. Mais cette fois c'est dans l'organisation et la préparation des épreuves que la Marque a inventé le professionnalisme dans la compétition automobile. Elle fut la première a créer un véritable service course structuré préparant, dans les moindres détails, aussi bien les voitures que l'assistance et les hommes. Ainsi la DS a gagné presque partout. Deux fois le rallye de Monte Carlo (1959 et 1966), le Critérium Neige et Glace (1960, 1967), le tour de Belgique, le Liège-Sofia-Liège (1961), le Marathon de la route, le Tour de Corse (1961, 1963), la Coupe des Alpes, le rallye du Maroc (1969) sans oublier plusieurs brillantes participations à l'East African Safari ou aux raids Londres-Sydney et Wembley-Mexico. Elle a gagné sur tous les terrains : neige et glace, piste et asphalte, aux mains des grands pilotes de l'époque. C’est bien la démonstration éclatante de ses qualités routières.


Génial design
On ne peut évidemment pas parler de la DS sans évoquer son style car elle est œuvre de designer au sens le plus noble du terme. Si Flaminio Bertoni en a dessiné et sculpté la carrosserie dans toute sa sensualité, cela s’est fait en étroite collaboration avec l'ingénieur André Lefèvre, très concerné par l'aérodynamique. C’est pourquoi, 50 ans après l’on peut toujours s’émerveiller devant la parfaite synthèse entre la forme et la fonction que réalise la DS.
Si la DS est unique par son style extérieur, elle se distingue aussi par son intérieur. La planche de bord est une véritable sculpture. Les commandes y sont parfaitement intégrées et accessibles sans lâcher les mains du volant. Sa forme naturellement descendante laisse entrer la lumière et accentue l'impression d'espace. Tout l’habitacle reflète le souci d'ergonomie qui a guidé ses créateurs. Ceci a conduit, par exemple, à imaginer une poignée intérieure de porte d’un design totalement nouveau. Pas de contorsion inutile pour déverrouiller et ouvrir la porte, les deux actions s'accompagnent parfaitement dans un même mouvement.

Une pub d’avance
En 1955, la DS est née dans un contexte national morose. Elle fit la "une" pour ce qu'elle était mais aussi en contrepoint avec la situation de l'époque. En un mot ce fut un événement très positif car porteur de futur et d'espoir.
Pour la DS, il fallait une communication rigoureuse et inventive. C'est ainsi que le principe de la suspension hydropneumatique fut expliqué comme étant l'alliance de l'air et de l'eau. Les carrières des Baux de Provence furent le décor idéal pour ses premières photos. La présentation inédite des détails de la DS dans ses catalogues fut une autre innovation. De nombreuses photos ou dessins permettaient d’expliquer de façon démonstrative les bénéfices apportés par les différentes innovations telles la suspension hydropneumatique ou les éléments de carrosserie facilement démontables. Puis ce furent les années de l’agence de publicité Delpire qui mit en scène artistiquement le véhicule dans ses moindres détails.
De grands photographes et des graphistes de renom ont participé à la mise en image de la DS. On peut citer les photographes Pierre Jahan, Henri Cartier-Bresson, William Klein, Robert Doisneau, André Martin et Helmut Newton ainsi que les graphistes Karel Suyling, Paul Rand ou Milton Glaser.

Déesse des Arts
Elle a été vedette et a joué les plus grands rôles, elle a accompagné les stars de cinéma, elle a joué son rôle et fait jouer les plus grands acteurs. Et elle continue… On peut citer les films "Fantômas" (1964), d’André Hunebelle, avec Louis de Funès et Jean Marais, "Le Cerveau" de Gérard Oury avec Jean-Paul Belmondo et Bourvil (1969). Ce film connut un succès phénoménal avec plus de 5 millions d'entrées. La DS trouve également sa place dans de grandes réalisations américaines ; parmi les plus récentes, citons « Retour vers le futur II » (1989), de Robert Zemeckis, avec Michael J. Fox ; « Bienvenue à Gattaca » (1997), de Andrew Niccol avec Uma Thurman et Ethan Hawke ou encore « Attrape-moi si tu peux » (2002) de Steven Spielberg avec Leonardo Di Caprio, Tom Hanks, Christopher Walken…

On ne peut pas oublier la XIe Triennale de Milan qui en 1957 consacrait l’osmose entre l'Industrie et les Arts. La DS y fut invitée aux côtés des œuvres d'architectes et de stylistes universellement connus et récompensée par le prix d’Art industriel.
Sculpture moderne, elle a été exposée et a été consacrée comme telle. Elle a inspiré des sculpteurs tels Arman ou Gabriel Orozco dont l’œuvre intitulée « La DS » a été exposée au Musée des Arts contemporains de Los Angeles.
La « déesse », comme on a pu l'écrire, mérite bien cette interprétation sémantique qui la qualifie merveilleusement et sans ambiguïté. C'est ainsi. Son élégance et sa totale modernité ne sont plus contestées.
Un demi-siècle après sa naissance elle est un monument du design mondial. Elle restera à jamais une vraie star de l'automobile, pour la plus grande notoriété de Citroën.

Les grandes dates de la famille DS

• Octobre 1955 : Présentation au salon de Paris de la DS 19
• Octobre 1956 : Présentation de l’ID 19
• Octobre 1958 : Présentation des :
     o ID 19 break et familiale
     o DS 19 Prestige
• Octobre 1960 : Présentation du cabriolet
• Octobre 1961 : Nouvelle planche de bord sur la DS 19
• Octobre 1962 : Nouvel avant caréné et pare-chocs avant redessiné
• Septembre 1964 : Berline PALLAS
• Octobre 1965 : Arrivée des ID & DS 21 avec moteur 2.175 cm3
• Octobre 1967 : Nouvel avant avec projecteurs carénés et orientables
• Octobre 1968 :
     o Nouveau tableau de bord
     o Présentation des ID & DS 20
• Octobre 1969 :
     o Les D Spécial et D Super remplacent les ID 19 & ID 20
     o Moteur injection sur DS 21, en plus de la version à carburateur
• Novembre 1971 : Boîte automatique en option sur DS 21
• Octobre 1972 : Arrivée de la DS 23, qui remplace la 21 (moteur de 2.347 cm3) avec carburateur ou injection
• Avril 1975 : Production de la dernière DS (1.455.746 véhicules produits en France et à l’étranger)
 

     
   
     
   
     

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