1954 : LA "GIULIETTA SPRINT" FAIT SES DEBUTS AU SALON DE
TURIN 19
avril 1954, inauguration du 36ème Salon de l'Automobile de Turin : tous
les projecteurs sont braqués sur la Giulietta Sprint, présentée quelques
jours avant à la presse italienne. Le Salon turinois réserve de
nombreuse surprises : la voiture exposée n'est pas le prototype "Lotteria"
rouge qui avait été le protagoniste d'une cérémonie évocatrice, à grand
renfort de figurants en costume, dans l'usine du Portello. En fait, la "Giulietta
Sprint" exposée sur le stand Alfa Romeo, est peinte en Azur Capri et est
dépourvue tant de hayon que de bouchon du réservoir à carburant.
A ce point, il est nécessaire de faire un pas en arrière. S'il est vrai
que les lignes de la Giulietta Sprint ont été dessinées par la
Carrosserie Bertone, il est tout aussi vrai que de nombreux stylistes
ont participé à la naissance de ce nouveau coupé. En effet, la
configuration initiale est l'œuvre de Giuseppe Scarnati, designer d'Alfa
Romeo qui, entre 1951 et 1953, avait conçu et réalisé le premier
prototype dans l'atelier Carrosseries Spéciales d'Alfa Romeo. Le
résultat n'avait cependant pas séduit Francesco Quaroni, directeur
général de la Marque, qui décida donc de faire appel aux stylistes Mario
Boano (Ghia) et Franco Scaglione (Bertone). La collaboration entre les
deux designers donna lieu à un premier prototype, mais Mario Boano fut
appelé entre-temps à diriger le tout nouveau Centre de Style Fiat et dut
donc abandonner le projet.
A ce point, Nuccio Bertone proposa avec détermination à Francesco
Quaroni de mener le projet à terme. En s'inspirant de la mythique 1900
Sprint de 1951 et de sa version Super Sprint
(avec une vitesse de pointe de 190 km/h, il s'agissait de la voiture
"deux litres" la plus rapide de son époque), Bertone dessina la
Giulietta Sprint avec une partie avant qui reprenait le stylème de la
"1900" : une grille centrale et une série de "moustaches" qui délimitent
les prises d'air, tandis que le groupe optique arrière est arrondi, sans
feu de recul. Donc, si l'idée de la Giulietta a vu le jour au sein de
l'entreprise (c'est le groupe d'étude d'Alfa Romeo, dirigé par Orazio
Setta, qui commença d'élaborer en 1951 la Giulietta), la version
définitive porte incontestablement la signature de Franco Scaglione des
Carrosseries Bertone.
Charme et sportivité caractérisent cette voiture qui, selon les
programmes du Constructeur, devait créer un climat de curiosité pour
préparer l'arrivée de la Giulietta Berlina, prévue pour l'année
suivante. C'est pourquoi ses volumes de production étaient au départ
très réduits. Mais l'accueil réservé à la Giulietta Sprint changera
complètement la donnée : après le Salon de Turin, tous les
concessionnaires Alfa Romeo sont littéralement pris d'assaut.
Pour Bertone, le défi devient plus ambitieux : le carrossier turinois
n'est certes pas en mesure de répondre à une telle demande. Mais le
maître ne recule pas devant les difficultés. Pour y faire face, Nuccio
Bertone fait appel à l'habilité des emboutisseurs qui travaillaient dans
de petites entreprises turinoises. Ce sont eux qui lui fournissent les
carrosserie en parties embouties à la main sur un gabarit de bois et en
partie constituées de tôles estampées. C'est pourquoi les première
Giulietta Sprint (12 unités seulement furent immatriculées en 1954) sont
des pièces uniques, toutes différentes les unes des autres. A ce stade,
la capacité d'invention et le courage ne font certes pas défaut ;
toutefois, la demande prend d'énormes proportions, alors que le travail
artisanal a des coûts exorbitants. Pour résoudre cette équation, Bertone
inaugure en 1960 son nouvel établissement à Grugliasco, tout près de
Turin, en transformant ainsi sa carrosserie en une réalité industrielle
de renommée mondiale.
Mais revenons au Salon de Turin de 1954. La première Giulietta attire
immédiatement l'attention
des spécialistes et du public, comme en témoignent les 700 commandes
reçues au cours du Salon. Le succès est d'autant plus formidable que
cette voiture coûte plus de 1.700.000 lires, alors que le salaire moyen
d'un ouvrier est de 40.000 lires et qu'un poste de télévision coûte
180.000 lires. A ce propos, la télévision italienne fête ses 50 ans en
même temps que la Giulietta Sprint. Le 3 janvier 1954 est en effet la
date officielle de démarrage des émissions : environ 4 heures par jour
offertes à près de 24.000 abonnés de l'épique. 170.000 postes de
télévision sont achetés en l'espace d'un an ; 350.000 en 1955 et plus
d'un million en 1958.
L'Italie est en train de changer et sa modernisation s'effectue
également au travers d'un nouveau moyen de communication qui accompagne
et témoigne de cette période historique. A la veille du "boom"
économique, le nouveau coupé Alfa Romeo voit le jour dans une époque en
pleine effervescence.
Malgré ses dimensions compactes (elle mesure 3980 mm de longueur, 1540
mm de largeur et 1320 mm de hauteur), cette voiture se distingue par des
lignes épurées, révolutionnaires pour son époque et toujours actuelles.
Vue de côté, la Giulietta Sprint semble avoir expressément été conçue
pour les compétitions : la garniture chromée du bas des portes est le
seul détail décoratif de cette carrosserie élancée. Cette vocation
sportive est d'ailleurs confirmée à l'intérieur, caractérisé par un
sobre tableau de bord revêtu de tôle, regroupant le tachymètre, le
compteur de kilomètre totalisateur et journalier, le compte-tours, les
indicateurs de la pression et de la température de l'huile, la jauge de
carburant et l'indicateur de température de l'eau. Passons du style à la
mécanique. Les lignes "dessinées par le vent" se conjuguent avec un
moteur avant-gardiste de 1290 cm3, qui développe une puissance maximale
de 65 ch à 6000 tr/mn. Avec une vitesse de pointe de 165 km/h, la
Giulietta Sprint est la voiture la plus rapide de sa catégorie.
Le moteur à quatre cylindres en ligne de 1,3 litre est réalisé en
aluminium (une "première" absolue dans l'industrie automobile), tout
comme le carter de la boîte de vitesses et le boîtier du différentiel.
Les chemises des cylindres sont reportées en fonte spéciales ; la
distribution est du type à double arbre à cames en tête (une autre
exclusivité parmi les moteurs de petites cylindrée de l'époque), tandis
que la vilebrequin bénéficie de cinq paliers.
Cette voiture à traction arrière adopte également un levier des vitesses
au volant (un levier à coiffe sera disponible à partir de 1957) et un
frein à main "à tringle", situé sur la planche de
bord, à gauche du volant. La suspension avant est à roues indépendantes
avec ressorts hélicoïdaux, doubles triangles transversaux et barre
stabilisatrice ; la suspension arrière est elle aussi à roues
indépendantes avec ressorts hélicoïdaux, triangle supérieur et tirants.
Le freinage est garanti par quatre tambours réalisés par Alfa Romeo en
ayant recours à un procédé de fusion spécial.
Gage de performances brillantes et d'un excellent comportement routier,
la Giulietta Sprint représente à cette époque ce qui se fait de mieux
dans le domaine automobile. A ces qualités, elle ajoute une gamme
d'options absolument unique à cette époque-là : un ensemble de valises
munies de courroies pour les arrimer aux assises des places arrière (une
banquette est disponible en option) ; les phares antibrouillard ;
l'autoradio ; le tableau de bord revêtu de similicuir ; la sellerie en
cuir ; les déflecteurs aérodynamiques ; le volant sport à trois branches
en aluminium et bois. La palette des teintes de carrosserie s'enrichit
de nouvelles références : Azur Iseo, Azur Capri, Rouge Alfa, Blanc
Gardénia, Noir, Vert Claire, Bleu Très Clair, Gris Très Clair, Beige
Banane et Bleu Hiver. Enfin, lorsqu'un client choisit une ou plusieurs
options, sa voiture est personnalisée en apposant une bague chromée
autour de l'écusson Alfa Romeo arrière.
En l'espace de quelques mois, la Giulietta Sprint remporte un incroyable
succès commercial, prête à débarquer aux Etats-Unis en version America.
Par rapport à son homologue européenne, cette version se distingue par
une garniture chromée qui entoure et divise en deux les petits groupes
optiques arrière ainsi que par le filet chromé qui enrichit les deux
"moustaches" latérales de la calandre. A l'intérieur, la Sprint America
propose le tachymètre en milles.
Une curiosité : au Salon de Paris de 1954, Alfa Romeo présente prototype
dénommé "Manuali" car il avait été utilisé quelques mois auparavant pour
réaliser les notices et les photos officielles du modèle.
1956 : ELLE DEVIENT "VELOCE" POUR TRIOMPHER
Deux ans après ses débuts, la Giulietta Sprint choisit de nouveau le
Salon de Turin pour présenter une autre nouveauté en avant-première
internationale : la Giulietta Sprint Veloce (Ière série). Sur le plan
esthétique, hormis les sigles d'identification, il n'y a pas beaucoup de
différence par rapport à la Giulietta Sprint.
La mécanique et les performances méritent par contre un discours à part.
En effet, par rapport à la Sprint, cette version se caractérise par
l'adoption de deux carburateurs Weber et un allégement des parties
mobiles de la carrosserie ainsi que des pare-chocs, réalisés en
aluminium. Tant la lunette arrière que les vitres latérales coulissantes
(celles de la Sprint étaient par contre descendantes) sont réalisés en
perspex, avec des cadres en aluminium. Ce dernier matériau a été retenu
pour les garnitures qui entourent les projecteurs avant. Dans
l'habitacle, le niveau de finition est encore plus "spartiate" que celui
de la Sprint : panneaux de portes concaves, rangement ouvert, sièges
simplifiés et plus enveloppants. La Giulietta Sprint Veloce a été
"allégée" de plus de 72 kg (son poids en ordre de marche est de 780 kg).
Plus légère, cette version est surtout équipée d'un moteur plus
puissant. Les ingénieurs du Portello ont directement travaillé sur le
moteur de 1,3 litre, dont la puissance maximale atteint désormais 80 ch
à 6.500 tr/mn (ils deviendront 96 avec la IIème série de 1959). Ce
résultat a été obtenu grâce à l'augmentation du rapport volumétrique, à
l'adoption d'une nouvelle distribution avec un différent calage des
arbres à cames, ainsi que de collecteurs d'admission simple, munis de
deux carburateurs à double corps Weber 40 DCOE3, alimentés par une pompe
à essence électrique Bendix. Ainsi modifié, le "4 cylindres" est moins
souple, mais monte très facilement en régime, jusqu'à atteindre une
vitesse de pointe de 170 km/h (175 pour la IIème série de 1959).
Puissante et impétueuse, la Giulietta Sprint Veloce a été conçue pour
les compétitions. En effet, elle participe dans les années 50 aux Mille
Miglia, Targa Florio, Tour de France et Rallye de Sestrière, où elle se
bat avec acharnement, en dominant face à des voitures de cylindrée
supérieure. Ces exploits suscitent l'intérêt des clients qui, sans avoir
l'intention de participer à des compétitions, recherchent néanmoins une
voiture de sport racée. C'est pour eux que le Constructeur lance en
septembre 1957 une version plus "touristique", officiellement dénommée "Confortevole".
Produite en série limitée (environ 200 unités), elle conjugue le niveau
de finition de la version "Sprint Ière Série" avec la mécanique de la "Veloce".
A l'extérieur, la Giulietta "Confortevole" se distingue par les vitres
descendantes en perspex (avec cadre en aluminium) et les projecteurs
avant de large diamètre.
1955-1957 : LA FAMILLE GIULIETTA S'ELARGIT
La
Giulietta Berline est lancée en avril 1955. Pour la première fois, un
modèle "sprint", à la vocation résolument sportive, devient une
automobile de série, destinée à tous ceux qui recherchent une voiture
pratique et compacte, sans pour autant renoncer aux performances propres
à un coupé de sport. La "la voiture de famille qui gagne aux
compétitions" était née. Confiée à des champions, elle s'adjuge les
trophées les plus convoités tandis que, selon un slogan de l'époque,
"même la maman peut la conduire". Une nouvelle époque s'ouvre, dans
laquelle Alfa Romeo jouera une fois de plus un rôle de précurseur pour
"rendre le plaisir de la conduite sportive accessible à tout le monde".
Au mois d'octobre de la même année, c'est le tour de la Giulietta
Spider, "la mademoiselle", comme l'appelle affectueusement Gian Battista
Farina, qui a dessiné ses lignes élancées et très originales. Réalisée à
partir de la plate-forme de la Sprint, mais avec un empattement réduit,
la Giulietta Spider remporte un succès international. Aux Etats-Unis,
elle est accueillie avec enthousiasme et saluée par la presse
spécialisée, qui la définit : "un superbe exemple de continuité de cette
tradition italienne qui, de par sa classe, permet de reconnaître
immédiatement une Alfa Romeo".
Nous
arrivons ainsi en 1957 et à la présentation de la Giulietta Sprint
Speciale, issue d'une collaboration réussie entre Alfa Romeo et la
Carrosserie Bertone. Cette voiture est équipée d'un moteur 1,3 litre de
100 ch à 6.500 tr/mn (vitesse de pointe de 189 km/h), accouplé à une
boîte de vitesses à 5 rapports synchronisés. La version SS mesure 412 cm
de longueur et 166 cm de largeur, avec un empattement de 225 cm.
Basse et pénétrante, la silhouette de la Giulietta SS est le résultat
d'études aérodynamiques menées sur l'autoroute Milan-Turin. La voiture
est à moitié recouverte de fils de laine, puis elle est prise en photo
et filmée depuis un véhicule qui la suit. Ainsi, les turbulences d'air
qui se créent dans certaines zones de la carrosserie, témoignées par le
mouvement désordonné des fils, permettent aux stylistes de modifier les
lignes de la voiture, au profit de ses qualités esthétiques et
aérodynamiques.
1959 : LA GIULIETTA SPRINT IIÈME SERIE ET LA "DOLCE VITA"
Un soir, fin août 1958, Federico Fellini invita à dîner Tazio
Secchiaroli, Carlo Bavagnoli, Pierluigi Praturlon, Sandro Vespasiani,
Ezio Vitale, Guglielmo Coluzzi et d'autres. Il s'agit des célèbres
"paparazzi", protagonistes des folles nuits romaines, prêts à "voler"
des images, des histoires et de "scoops" à vendre aux journaux. C'est de
cette rencontre que naîtra le film "La Dolce vita".
A la
fin des années 50, Rome est la capitale du cinéma et de la jet-set
internationale : Via Veneto est grouillante de monde ; les boîtes
branchées et les hôtels de luxe sont fréquentés par des acteurs et des
écrivains, tandis que les célébrités de l'époque se donnent rendez-vous
aux tables des café à la mode. Un caléidoscope de langues, de musique,
de parfums et de couleurs. Au travers de ces images, le monde entier
découvre Via Veneto, Rome et l'Italie entière, qui était alors en train
d'oublier les difficiles années d'après-guerre. Le "boom" économique
explose : une richesse diffuse pousse les gens à redécouvrir la joie de
vivre et d'expérimenter dans les domaines de l'art, du design, de la
télévision et de la mode. Pour l'histoire de l'automobile aussi, les
années 50 constituent une période incontournable.
Dans ce contexte, l'Alfa Romeo est l'un des protagonistes incontestées
de par la classe, l'élégance et la sportivité de ses modèles. Les 1.900
Sprint, Giulietta Sprint et Giulietta Spider sillonnent les routes
européennes avec style et raffinement, telles de grandes vedettes du
cinéma. L'on pense immédiatement aux séduisantes Sofia Loren, Anita
Ekberg et Brigitte Bardot, mais aussi à des actrices dotées d'un charme
particulier et d'une grande intensité d'expression, telles que Anna
Magnani et Giulietta Masina. C'est justement l'épouse de Fellini,
marraine de la Giulietta, qui salue en 1960 la naissance de la voiture
n° 100.001. Au cours des années de la "Dolce Vita", la mode italienne
commence de s'affirmer dans le monde. C'est alors que naît ce qu'on
appelle aujourd'hui l'"Italian Glamour". La Dolce Vita est associée à
des valeurs fondatrices de l'identité et du charme de l'Italie : le
style de vie, la qualité des spécialités gastronomiques et des vins, la
créativité et un certain "savoir vivre". Et, surtout, la classe et
l'élégance, qualités qu'Alfa Romeo a conjuguées avec la sportivité. La
Giulietta Sprint représente le compromis idéal entre ces deux vocations,
apparemment incompatibles, qui trouvent un équilibre magique dans la
IIème Série de ce modèle.
24
juin 1958, autodrome de Monza : Alfa Romeo présente la Giulietta Sprint
IIème Série, justement dénommée "prototype Monza". Cet événement revêt
une importance particulière, car cette version a été dessinée par
Giorgetto Giugiaro, qui travaillait à l'époque au Centre de Style
Bertone. Les retouches du célèbre designer concernent essentiellement la
partie avant : les prises d'air sont regroupées sous une seule grille ;
les projecteurs sont surdimensionnés ; de nouveaux clignotants sont
ajoutés ; les groupes optiques arrière adoptent un catadioptre séparé et
l'éclairage de la plaque minéralogique est enchâssé dans le pare-chocs
(conformément aux dispositions du nouveau Code de la Route de 1958).
Le moteur est le "classique" 1,3 litre, dont la puissance atteint
désormais 89 ch, grâce à l'adoption de nouveaux collecteurs
d'échappement, d'une culasse renforcée et de soupapes surdimensionnées.
La boîte de vitesses est pourvue de synchroniseurs du type Porsche et
d'une commande à soufflet. Quelques mois après, à l'occasion de la
présentation officielle de 1959, les spécialistes découvrent un certain
nombre de modifications par rapport au prototype "Monza" : par exemple,
les feux de recul sont blancs (au lieu d'orange) ; les sièges, d'un
nouveau dessin, sont revêtus de tissu en carreaux. Le moteur développe
une puissance de 80 ch à 6.300 tr/mn et permet d'atteindre une vitesse
de pointe de 170 km/h.
Malgré l'absence de changements majeurs à l'extérieur, la façon de
réaliser la coque a considérablement évolué. En effet, après des années
de travail quasi manuel, Bertone inaugure en 1960 sont nouvel
établissement (à Grugliasco, près de Turin), où les coques sont
assemblées par points de soudure électrique, en juxtaposant des panneaux
entièrement emboutis par des presses. Présentée dans la même période, la
Giulietta Sprint Veloce IIème Série bénéficie des mêmes modifications
esthétiques (sans l'allégement de la carrosserie) et est équipée d'un
moteur 1,3 litre qui développe 100 ch à 6.500 tr/mn et qui permet
d'atteindre une vitesse de pointe de 174 km/h. La boîte de vitesses à 5
rapports de la version "Sprint Speciale" est disponible en option, avec
supplément.
1960-1961 : EN COURSE AVEC LE VENT
La légende d'Alfa Romeo est née en grande partie des victoires sportives
qui ont toujours été associées à cette Marque. Elles sont tellement
nombreuses qu'elles constituent à elles seules une histoire longue et
enthousiasmante, vécue par des hommes passionnés de moteurs et de
solutions techniques avant-gardistes. Il est donc impossible de résumer
en quelques
pages le palmarès imbattable des bolides rouges du Portello. Rappelons
plutôt quelques événements sportifs liés à la Giulietta Sprint, pour
mieux comprendre comment est né et s'est développé au fil du temps, sur
les circuits les plus difficiles, l'immense patrimoine technologique et
mécanique qui permet aujourd'hui à la Marque de créer des voitures
séduisantes et pleines de tempérament.
L'une de ces pages concerne le carrossier Elio Zagato auquel le pilote
Massimo Leto di Priolo demande de transformer sa Giulietta SV, détruite
lors d'une compétition. Le maître milanais intervient sur les lignes de
manière tout à fait personnelle et avec la plis grande liberté en ce qui
concerne notamment les matériaux de la carrosserie et des parties
mobiles. A la place de l'acier, il utilise presque systématiquement un
alliage léger qui permet de maintenir le poids de la voiture au-dessous
de 854 kg, limite prescrite par le règlement des compétitions de la
catégorie Grand Tourisme (limite qui passera à 840 kg en 1962). Le
prototype ainsi réalisé fait ses débuts en 1956 à Monza, en remportant
la Coupe Intereurope.
La voiture plaît à la direction d'Alfa Romeo, qui en commande un certain
nombre d'unités. Par rapport à la version Sprint Speciale, dont elle
garde la mécanique et le moteur, la Giulietta SZ, produite entre 1960 et
1961, diffère sur le plan esthétique. Elle mesure 392 cm de longueur et
154 cm de largeur, avec une partie arrière légèrement bombée. Entre 1961
et 1962, c'est le tour de la Giulietta SZ Coda Tronca : la carrosserie
est encore plus basse (la hauteur passe de 125 à 123 cm), les freins
avant sont à disque et la silhouette se termine par un arrière tronqué,
muni d'une lunette panoramique. Cette version atteint une vitesse de
pointe de 200 km/h et, par rapport à la SZ, mesure 8 cm de longueur en
plus et 4 cm de largeur en moins. Au total, la Giulietta SZ est produite
à 217 unités.
Mais la transformation réalisée par Zagato n'est pas la seule opération
qui a contribué à créer le mythe de la Giulietta Sprint en tant que
"voiture de sport racée". Rappelons, par exemple, la Sprint Veloce du
pilote Rabino, entièrement redessiné par Sergio Scaglietti, carrossier
des Ferrari. Ou encore la Giulietta Special, surnommée "Goccia" pour ses
lignes audacieusement aérodynamiques, réalisée par le carrossier
Michelotti et mise au point par le mécanicien Conrero pour le pilote
Francesco De Leonibus qui, sur le circuit de Monza, fait enregistrer une
vitesse de pointe de 272 km/h.
1962 : LA GIULIETTA DEVIENT "GIULIA"
Cette brève synthèse de l'histoire de la Giulietta se termine en juin
1962, lorsque le modèle change de nom et de cylindrée. Sur la piste de
Monza, Alfa Romeo présente la Giulia 1600 Sprint, version de la
Giulietta Sprint équipée d'un moteur de 1570 cm3, qui développe 92 ch à
6200 tr/mn et qui permet d'atteindre une vitesse de pointe de 172 km/h.
La Giulia Sprint 1600 réalise un compromis idéal entre une mécanique
plus évoluée et plus puissante et les lignes intemporelles de la
Giulietta. Les différences par rapport à la deuxième série de la
Giulietta Sprint ne sont pas très nombreuses : le capot moteur a été
redessiné et les clignotants latéraux sont devenus rectangulaires ; les
panneaux des portes sont entièrement revêtus en similicuir et les freins
adoptent des tambours surdimensionnés. Bien entendu, le logo "1600" est
apposé sur les flancs et le coffre à bagages.
Dans l'habitacle, la planche de bord a presque entièrement été
redessinée. Revêtue en similicuir, elle accueille des nouvelles
commandes pour le réglage de la température de l'air. Les sièges, plus
confortables, sont d'un nouveau dessin, tout comme le volant, toujours
en bakélite noire, mais avec trois branches en aluminium. Enfin, à
partir de la première moitié de 1963, les stylistes modifient le
graphisme du tableau de bord, dominé par une instrumentation sur fond
noir. La Giulia Sprint 1600 sera produite à plus de 7.100 unités, dont
les dernières en 1964.
1964 : "1300 SPRINT", UN DERNIER
HOMMAGE AU MYTHE
Dans l'histoire de la Giulietta, il y a même eu un événement qui ne se
produit que très rarement dans l'industrie automobile. Quelques temps
après avoir cessé la production de la Giulietta Sprint, Alfa Romeo
décide de reprendre l'assemblage de plus de 1.800 unités, jusqu'à la fin
de 1965. En réalité, la voiture présentée lors du Salon de Genève de
1964 s'appelle simplement "1300 Sprint". Toutefois, ses lignes, sa
cylindrée et son volant à deux branches rappellent indiscutablement la
glorieuse Giulietta. Cette version particulière reprend également
certains élément de la Giulia 1600 Sprint : les instruments disposés sur
une même rangée, les clignotants latéraux et le système de freinage,
avec des disques à l'avant. Les flancs et le coffre arborent le sigle
"1300".
La "1300 Sprint" se veut le dernier hommage à l'un des modèles Alfa
Romeo les plus importants de l'histoire de l'automobile, qui a inspiré
une autre grande voiture : la "Giulia Sprint GT", qui sera fabriquée à
225.000 unités. Mais il s'agit là d'une autre histoire...
ALFA GT, DIGNE HERITIERE DE LA FAMILLE
GIULIETTA
Alfa Romeo a écrit des pages glorieuses de l'histoire de l'automobile,
dont les protagonistes sont des voitures, des concepteurs, des
compétitions et des moteurs qui ont marqué le progrès technologique et
les succès sportifs du XXe siècle. Ce "fil rouge" idéal
unit tous les modèles de la Marque, dont les solutions
techniques et les motifs esthétiques sont réactualisés lors du
développement de chaque nouvelle voiture. Aujourd'hui tout comme hier,
les stylistes et les techniciens d'Alfa Romeo puisent dans cet immense
patrimoine pour dessiner et réaliser des voitures captivantes et pleines
de tempérament, équilibre magique entre raison et sentiment, entre
culture technique et créativité conceptuelle. Chaque modèle est la
meilleure expression d'une personnalité inimitable qui rend toute Alfa
Romeo immédiatement reconnaissable et différente de toutes les autres
voitures que nous croisons quotidiennement. Et l'Alfa GT ne fait certes
pas figure d'exception.
En effet, le nouveau coupé de sport est le meilleur exemple de la
vitalité créative du Constructeur et de sa façon de concevoir
l'automobile : non pas comme un simple moyen de transport, mais comme un
objet capable de procurer des sensations "authentiques", qui franchit la
frontière entre l'utilitarisme et les émotions : du goût esthétique à la
passion pour la technique sophistiquée, au plaisir de conduite et à
l'expression de son propre tempérament.
Le nouveau modèle renferme l'énorme patrimoine d'excellence de la Marque
en matière de moteur dans des lignes issues de l'élégance et de la
classe italiennes. Les stylistes ont d'ailleurs pu s'inspirer de la
glorieuse tradition d'Alfa Romeo qui, dans la catégorie Grand Tourisme,
a réalisé des modèles qui ont marqué des étapes fondamentales dans
l'histoire de l'automobile : de la 1900 SS à la Giulietta Sprint, à
l'Alfetta et à la Giulia Sprint GT.
Pour les passionnés de voitures, voici une brève synthèse de ces modèles
historiques, chacun desquels a offert un détail esthétique à la Alfa GT
et qui lui ont tous transmis leur tempérament de "sportivité élégante".
A commencer par la Giulia Sprint GT. Dessiné en 1963 par Nuccio Bertone
et présenté d'abord à Arese puis au Salon de Francfort, ce coupé
extraordinaire est un développement esthétique de la Giulietta Sprint.
Plus compacte, grâce à son empattement légèrement plus
court,
cette voiture est caractérisée par des lignes élancées, pratiquement
dépourvue d'ailes en relief, avec des groupes optiques enchâssés dans la
calandre et la partie arrière. Equipée d'un moteur 1600 de 103 ch, la
Giulia Sprint GT peut accueillir jusqu'à quatre personnes et sera
produite à plus de 22.600 unités jusqu'en 1966. L'habitacle spacieux, le
coffre à bagages généreux et le soin des finitions sont dignes d'une
berline racée, pourtant caractérisée par un tempérament sportif
insoupçonnable. A propos de ce modèle, on peut lire dans le magazine
britannique Car and Driver : "Conduire cette voiture est un pur
plaisir". Ce n'est d'ailleurs pas par hasard si l'évolution de ce modèle
affichera pour la première fois le sigle légendaire "GTA". Le 18 février
1965, Autodelta choisit le Salon d'Amsterdam pour présenter le coupé
Giulia Sprint GTA, où le "A" indique "allégée". En effet, la coque
extérieure est la même que celle de la GT, mais le revêtement intérieur
est réalisé en Peraluman 25, alliage léger d'aluminium, manganèse,
cuivre et zinc. A l'extérieur, la GTA diffère de sa "sœur" par les
prises d'air avant, les poignées de portes et l'adhésif triangulaire
Autodelta.
L'Alfa GT est la digne héritière de cette voiture du début des années
60, qui a remporté un énorme succès commercial et sportif. Comme en
témoignent les deux autres versions du modèle : la Giulia berline TI et
la Giulia Super 1600. La première, selon un slogan de l'époque, est une
voiture "modelée par le vent". Ses lignes sont révolutionnaires : une
partie basse, encadrée par quatre projecteurs ; un capot plongeant ; un
pare-brise fuyant, semblable à celui d'un avion de chasse ; une partie
arrière tronquée. Le moteur à quatre cylindres de 1570 cm3 développe une
puissance de 92 ch. La Giulia Super 1600 de 1965 propose des sièges
rembourrés enveloppants et un tableau de bord revêtu de bois. Le bas des
portes est souligné par un profilé chromé, tandis que les pare-chocs
sont en acier inoxydable. Cette allure raffinée cache une puissance et
un couple remarquables : respectivement, 98 ch et 13,3 mkg.
Tout comme la Giulia Sprint GT, le nouveau modèle Alfa Romeo évoque une
autre voiture prestigieuse : la Giulietta Sprint, dessinée en 1954 par
Nuccio Bertone et que beaucoup considèrent comme le chef de file des
modernes Grand Tourisme de sport. Du reste, avec une vitesse de 165
km/h, il s'agit de la voiture la plus rapide de sa catégorie. L'année
suivante, au 37ème Salon de l'Automobile de Turin, c'est le tour de la
berline : 1290 cm3, 53 ch et 140 km/h (62 ch et 145 km/h en 1962). C'est
ce qui se fait de mieux dans cette catégorie, comme en témoigneront les
automobilistes. Durant à peu près dix ans, la Giulietta - Sprint,
Berline ou Spider - gardera intact son charme, en permettant à la
production Alfa Romeo de passer de quelques dizaines à des centaines de
milliers d'unités. Plus encore que par sa cylindrée et ses dimensions,
assez compactes, ce modèle entre dans l'histoire des berlines de sport
Alfa Romeo par le concept qu'il introduit dans le paysage automobile de
l'époque : des lignes épurées et captivantes, qui rappellent celles d'un
coupé ; une mécanique avant-gardiste ; une puissance élevée et une tenue
de route irréprochable.
L'Alfetta est le troisième point de référence du nouveau coupé de sport
Alfa GT, dont il partage les lignes originales, capables d'allier des
dimensions hors tout compactes, une excellente habitabilité et un coffre
à bagages ayant un volume utile de plus de 0,5 m3. Commercialisée dès
1972, l'Alfetta berline devient immédiatement le symbole de cette
décennie. Le mérite en revient à la qualité du projet, qui conjugue un
style captivant et agressif avec un moteur brillant, une mécanique
sophistiquée et des finitions soignées. Le moteur, qui a fait ses
preuves, est un quatre cylindres à double arbre 1.8 de 122 ch, qui
permet d'atteindre une vitesse de pointe de 180 km/h. La voiture pèse à
peine un plus de 1000 kg et mesure 4,28 mètres de longueur.
En 1975, la
gamme du modèle s'enrichit d'une version équipée d'un moteur 1.6 de 109
ch (identifiable à l'extérieur par une partie avant intégrant deux
projecteurs), tandis que la 1.8 fait l'objet de quelques retouches.
L'Alfetta 2.0, présentée deux ans après, est complètement différente :
la partie avant, redessinée, est plus longue (+10 cm) ; les projecteurs
sont rectangulaires ; la calandre, les pare-chocs, les feux arrière et
l'habitacle ont été modifiés. La planche de bord est plus linéaire (dès
1978, sur la 2000 L, elle sera revêtue de ronce de noyer) ; les sièges
et les panneaux de portes sont habillés de tissu de haute qualité. Le
volant, le galbe des sièges et l'instrumentation sont inédits. La
cylindrée plus élevée, gage d'une plus grande facilité de conduite, fait
de l'Alfetta l'une des voitures les plus équilibrées de sa catégorie. A
partir de 1979, elle est aussi la première berline équipée d'un moteur
turbo diesel avec culasse en quatre parties (une par cylindre).
La sélection des voitures qui ont inspiré le nouveau modèle est
complétée par la 1900, dont les versions coupé Sprint et Super Sprint
atteignent une vitesse de pointe de 190 km/h. En créant en 1950 la 1900,
Alfa Romeo invente la "berline de sport", première voiture de la Marque
avec carrosserie autoporteuse. En créant celle qui sera définie "la
voiture de famille qui gagne aux compétitions", Alfa Romeo a introduit
un nouveau concept dans l'histoire de l'automobilisme : celui de la
berline hautes performances destinée à une utilisation quotidienne.
Cette berline à quatre portes, dont certains traits annoncent les lignes
de la Giulietta, offre un habitacle spacieux, pouvant accueillir
confortablement cinq personnes et un enfant assis à l'avant, grâce à la
boîte de vitesses au volant. Cette voiture pour la famille est néanmoins
équipée d'un brillant moteur à quatre cylindres en ligne de 1884 cm3 et
90 ch. Ce modèle remporte de nombreuses compétitions : le Tour de
France, la Targa Florio, la Stella Alpina et la Coupe des Alpes.
Dans l'ensemble, l'Alfa GT réactualise ces quatre modèles mythiques, au
travers de lignes extrêmement modernes, où la perfection des détails
fait la différence. Bien entendu, le retour au passé ne signifie pas
proposer les mêmes lignes que celles d'une voiture précédente. Cela
signifie par contre se rapproprier des stylèmes qui appartiennent à la
tradition d'Alfa Romeo pour le interpréter en faisant appel à la
technologie la plus évoluée et en fonction des goûts de la clientèle
actuelle.