Mis en ligne le 10/03/2009 - Par Benoît PIETTE
S'il y a bien un modèle phare dans la gamme Subaru, c'est
l'Impreza : malgré sa modeste diffusion, on ne compte plus les forums et blogs
discourant sur cette voiture atypique et si peu conventionnelle. Présentée
officiellement au salon de Francfort fin 2007, sa nouvelle livrée a fait couler
beaucoup d'encre et de … salive chez les inconditionnels de la marque. D'aucuns
ont regretté que la ligne suive la tendance générale, d'autres, au contraire,
ont estimé qu'elle est plus actuelle.
Une nouvelle robe et un nouvel intérieur
La version actuelle ne se présente plus que
sous une carrosserie "deux volumes" d'un peu plus de 4,40 m. Exit donc le coffre
- du moins pour le Benelux - car une version Sedan quatre portes est toujours
proposée pour les pays méridionaux.
Par cette face-lift, Subaru cherche à élargir sa clientèle en flattant les
jeunes cadres dynamiques, habituels clients d'Audi A3 ou de Golf. L'avant
plongeant lui donne une allure très sportive voire agressive, surtout en version
diesel avec son écope pour le turbo. L'arrière est plus banal, mais le large
hayon donne accès à un petit coffre de moins de 300 dm³ qui peut être modulable
en rabattant les sièges arrières qui sont fractionnables 60/40. Rabattus, ils
permettent de bénéficier d'un plancher plat grâce à une suspension à double
triangulation, beaucoup moins invasive que les suspensions classiques. Sous ce
plancher, il y a des petits rangements qui permettent d’offrir un volume de
chargement supplémentaire.
Certains puristes regretteront l'ancienne,
mais ils se consoleront en constatant que l'intérieur est bien proportionné,
construit avec soin et offre de la place pour quatre à cinq adultes. La position
de conduite est parfaite même en l'absence de réglage lombaire. Peut-être que
pour les gabarits hors-norme, les amplitudes de réglages des sièges avant
pourraient être plus importantes.
Sur la version "Sport", l'équipement se
veut complet : on retrouve d'origine des jupes latérales et de pare-chocs avant
et arrière, des phares au xénon, des laves phares, des antibrouillards, des
jantes en alliage de 17", deux sièges avant sport et un système audio avec
chargeur six CD avec pas moins de dix haut-parleurs.
L'habitacle est très lumineux et la lucarne
arrière est très vaste. Une troisième vitre latérale sur la custode augmente
encore cette l'impression de clarté. De ce fait, la visibilité périphérique est
parfaite. Les rétroviseurs extérieurs peuvent être rabattus électriquement ce
qui s'avère nécessaire vu leur grandeur. Cependant, ceux-ci n'ont pas de miroir
asphérique qui aurait permis de diminuer l'angle mort lorsqu'une voiture sort du
champ de vision du rétroviseur. Le rétroviseur intérieur n'est pas
électrochromatique. Sous les essuie-glace avant, il y a deux résistances
électriques de désembuage qui permettent en hiver de libérer les balais sans les
abîmer : bien vu !
Même s'il n'est pas bizone, le chauffage
intérieur est efficace et a pu être souvent testé… A noter qu'à l'arrière, il
n'y a pas d'aérateurs réglables.
Le tableau de bord est sobre, lisible et
très fonctionnel. Les commandes tombent bien en main et possèdent une bonne
ergonomie. Sur les modèles haut de gamme, la console centrale possède un combiné
GPS/audio avec un écran tactile très intuitif. Celle-ci est combinée à un volant
multifonction avec régulateur de vitesse. On trouve encore deux
prises 12 V pour brancher des appareils électroniques ainsi qu'une prise
d'entrée auxiliaire pour un lecteur MP3. Contrairement à ses concurrentes
directes, la planche de bord de l'Impreza est réalisée en plastique dur,
peut-être moins valorisant que le plastique moussé, mais il est très bien
assemblé et on devine que tout est fait pour durer : il suffit de claquer une
portière pour s'en rendre compte.
En termes de sécurité, l'Impreza fait mieux
que se défendre : les quatre étoiles décernées par le Euro-NCAP sont là pour le
démontrer, avec une mention toute spéciale pour la protection des piétons. Et
sur le plan dynamique, n'oublions pas la supériorité des véhicules à quatre
roues motrices…
Discrétion mais tempérament
Ces deux qualificatifs sont peut-être
antinomiques mais ils reflètent entièrement la pensée de la firme aux six
étoiles. Avec sa ligne banale, elle ne fera pas tourner les têtes ! Mais c'est à
l'intérieur que cela se passe : le conducteur constatera vite qu'il est à bord
d'un véhicule étudié pour le plaisir de conduire, et cela se sent tout de suite
: Contact ! Le moteur, qu'il soit essence ou diesel, affirme sa différence
d'architecture par un son bien caractéristique. Tant qu'il n'a pas atteint sa
température, un indicateur bleu reste allumé sur le tableau de bord, c'est
sympa. Une fois à température, c'est le silence : mais ici encore, les données
habituelles sont changées : c'est à bord de la 2,0 diesel que le moteur est le
moins audible… et à bord de la 1,5 "Front Wheel Drive" qu'il est le plus sonore.
Une fois en mouvement, on se rend vite compte du potentiel que l'on a entre les
mains. Qu'elle soit avec le petit 1,5 l de 107 ch. ou le 2,0 l diesel de
150 ch., l'Impreza vire sur des rails et garde un comportement souverain, et ce,
quoiqu'il arrive. L'amortissement est exemplaire : il lie l'efficacité à un
confort remarquable. On est d'ailleurs surpris de l'allure à laquelle on se
déplace et pour les versions 2 l, un limiteur de vitesse ne serait pas du luxe…
surtout pour le portefeuille !
Ses freins sont puissants et très faciles à
doser. Sa boîte de vitesses accroche légèrement mais elle est plus maniable que
celle des versions précédentes. La version Diesel est la seule à disposer de six
vitesses, les versions essence se contentant de cinq avec un mode "Dual Range"
multipliant ainsi les rapports par deux. Cependant, l'Impreza 1,5 Traction Avant
n'a pas droit à cette petite coquetterie qui, pour cette dernière n'est pas
vraiment indispensable.
La poussée continue du moteur boxer diesel
impressionne et efface les perceptions ressenties à bord des versions essence
qui pourtant ne déméritent pas pour autant… pour peu que l'on reste dans les
tours ! A partir d'environ 1700 rpm, le 2 l diesel répond franchement et permet
à l'Impreza D de s'extirper de toutes les situations délicates. A condition de
bien rester dans les bons régimes, la 2 l essence permet de tenir des moyennes
plus qu'honorables. Evidemment, ses reprises sont moins spectaculaires, mais
tout se fait efficacement, dans une linéarité qui gomme beaucoup les sensations.
En revanche, avec un poids minimum de 1240 kg, il ne faut pas attendre des
miracles du petit 1498 cm³, même si celui-ci bourdonne plus que son grand frère.
Les accélérations sont bien sentie, du moins sur le plan auditif… Néanmoins son
châssis surdimensionné lui permet une tenue de route sereine même avec ses deux
roues avant motrices et sans le système de contrôle de sa dynamique (VDC).
Quant à la consommation, il n'y a pas photo
: la diesel s'avère la plus sobre des versions. Il faut compter entre 5 et 6
litres de mazout alors que les versions essence exigent de 7 à 8 litres pour la
1,5 l et 8 à 9 litres pour la 2 l de 150 ch. Pour peu que l'on veuille exploiter
tout le potentiel de l'Impreza, ses consommations peuvent vite s'envoler : on
s'en rendra rapidement compte sans pour cela avoir choisi un style de conduite
s'apparentant à celui de Colin Mc Rae ou de Richard Burns.
Se différencier
Depuis 1972, la philosophie originale des
ingénieur de Subaru repose sur deux choix tout à fait inédits dans le monde
automobile, à savoir, quatre roues motrices permanentes et un moteur à plat. Ces
options ont
été dictées par le soucis de trouver le meilleur rapport équilibre /
stabilité. Ils ont permis à Subaru d'obtenir en dix-neuf saisons six titres
mondiaux dans le championnat du monde des rallyes.
En revanche, l'esthétique n'a jamais été
leur souci majeur et cela se voit au design décalé et quelquefois maladroit des
véhicules proposés. On peut parler de "voitures d'ingénieurs" mais celles-ci
signifiaient jadis des voitures à la fiabilité douteuse… À présent, Subaru peut
donc se targuer d'avoir inventer des "voitures d'ingénieurs mais fiables"
A regard de ses concurrentes, l'Impreza ne
fait pas le poids : elle n'est pas donnée, sa ligne est peu séduisante, ses
concessionnaires ne courent pas les rues, la consommation des modèles essence
n'est plus actuelle… Pourtant, il y a au travers de ses géniteurs un souci
d'efficacité qui ne trompe pas le conducteur averti, qu'il soit jeune cadre
dynamique ou père de famille voulant rouler différemment.
Si Subaru voulait faire à tout prix "du
chiffre" en diesel comme en essence, on pourrait rêver d'une version médiane,
développant une puissance d'environ 120 ch. qui se placerait idéalement entre la
fluette 1,5 l et les 2 l essence et diesel, une sorte de juste milieu en somme…
Mais dans ces conditions, où se retrouverait leur légendaire exclusivité ?